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C’était en 2013. 5 ans. 5 ans que les stories ont été initié par Snapchat. Et 5 ans après, non seulement Snapchat rassemble plus de 190 millions de personnes autour de ce format mais en plus les stories ont définitivement conquis le monde des médias sociaux, au point de surpasser les newsfeed dans les mois qui viennent en terme de consommation de contenu et de partage sur les plateformes sociales. Dans ce 2nd semestre 2018 qui débute, il serait redoublement dangereux d’ignorer l’existence de ce format.

Malgré leur succès, les stories doivent encore faire face à quelques préjugés.

→ Les stories ne concernent que Snapchat. C’est FAUX !

→ Les stories ne touchent que les millennials. C’est FAUX !

→ Les stories c’est pour s’afficher avec des oreilles de lapin et vomir arc-en-ciel : c’est FAUX !

Lire aussi : Les stories sont le modèle social media de demain

Vers un nouveau journalisme

Au-delà d’un simple changement d’audience, les stories représentent aussi un changement fondamental du journalisme, un virage alliant nouvelle interactivité, nouvelle accessibilité et contenu généré par les utilisateurs (UGC). L’information devient visuelle, presque personnelle car chaque média doit y développer sa propre identité et s’accaparer lui-même ces propres codes. C’est un changement de paradigme que les Facebook, Twitter & co n’offraient pas. Les modèles de distribution de ces plateformes devenaient linéaires.

Certains l’ignorent encore, mais les stories sont une formidable opportunité pour les médias :

  1. Elles permettent de renforcer leur proximité auprès de leur audience. Le format permet d’assurer leur couverture hyperlocale en temps réel.
  2. Elles permettent de s’engager avec un public nouveaux, tout en mêlant de nouveaux codes qui met en valeur la personnalité du journaliste : narration, voix, interaction, incarnation
  3. Production de vidéo de haute qualité sur le terrain et facilité de diffusion
  4. Potentiel de croissance colossal : facilité d’accès et à moindre coût au smartphone rendent ces plateformes plus que jamais visibles par les internautes
  5. Parce qu’elles sont visuelles et non plus textuelles, les stories abolissent les barrières du langage, de l’écriture et de la culture. Les stories donnent la voix à un journalisme devenu citoyen et donnent l’accès à l’information à des communautés auparavant oubliées
  6. Les stories durent plus longtemps que n’importe quelles autres publications sur les réseaux sociaux, contrairement aux publications facebook ou aux tweets. Les stories n’ont rien d’éphémère. Elles durent généralement 24h

Grâce aux stories, le social media ne se recentre plus sur la notion de partage, qui a fait le succès des réseaux sociaux traditionnels, mais désormais sur le sentiment de communauté et d’engagement. En ce sens, les stories sont une chance pour les médias qui peuvent y trouver sur ce format un moyen de contourner les algorithmes. C’est la proximité avec l’internaute qui permet la visibilité.

Enfin, les stories réinventent l’interactivité. À travers une stories, les internautes peuvent avancer et revenir à leur propre rythme. Les fonctionnalités de “social cooling” omniprésentes permettent des interactions nouvelles : commentaire, réaction, sondage, jauge d’emoji, questions, etc

Les stories et les médias : toute une histoire

Aujourd’hui, il est clair qu’elles ne rapportent rien économiquement parlant, mais il est fort à parier qu’un modèle sera trouvé dans les mois qui viennent. Raison de plus d’investir du temps sur ces plateformes.

Tour d’horizon des médias qui osent investir du temps sur ce format :

NBC 🇺🇲

Le média américain a lancé sur Snapchat une émission intitulé “Stay Tuned” avec une équipe composé de… 30 personnes. Un effort qui peut paraître surréaliste pour une émission diffusé 2 fois par jour pendant la semaine, et une fois par jour le week-end. Mais des efforts qui leur permettent de rassembler 25 millions de téléspectateurs uniques mensuels. 75% ont moins de 25 ans et 50% regardent plus de trois fois par semaine. En Janvier 2018, le format comptait 4 millions d’abonnés.

CNN 🇺🇲

La chaine de télévision américaine a tenté le même format qu’NBC, avec un succès moindre. Avec “The Update”, lancé sur Snapchat en 2017, CNN a reconnu son erreur car ils réutilisaient des contenus TV pour les basculer en vertical et les adapter au mobile. L’approche sur Snapchat n’était pas suffisamment exclusive pour espérer rassembler une audience suffisante et générer des revenus.

The Guardian

Pour The Guardian, les efforts se concentrent autour d’Instagram.

Avec ironie, ils ont récemment crée une story pour expliquer… comment le journal est imprimé. Une vision tellement avant-gardiste et une occasion de revenir sur l’origine même du média.

Parmi les autres formats proposé par le média anglais :

→ Fake ou For Real. Un hebdomadaire dont le concept est simple : l’animatrice expose des sujets de l’actualité, interroge la communauté, puis l’animatrice révèle la réponse et l’explique. Ultra-pédagogique !

→ Brexit Bites : un journaliste assis sur une chaise répond aux questions soumises par les internautes au sujet du Brexit

→ Journaux du Ramadan : une série en quatre parties expliquait les bases du Ramadan

→ Histoires de réfugiés : une des histoires Instagram les plus vues du Guardian qui met en scène une jeune femme nommée Rania qui a documenté son voyage pour échapper à la Syrie

BBC 🇺🇲

Le média américain compte déjà 5,3 millions de followers sur Instagram et déploie des efforts importants sur IGTV avec des vidéos de reportages, alternant des vidéos courtes et des reportages.

La BBC organise régulièrement des quiz en interrogeant les internautes sur les faits majeurs de l’actualité.

Parmi leur plus beau succès, une vidéo d’américains musulmans discutant de l’élection du président américain Donald Trump. La stories comptait près de 100 000 vues, seulement 15 secondes après sa mise en ligne.

The New York Times 🇺🇲

Le média New Yorkais compte 4,1 millions de followers sur son compte principal. Le média américain partage des stories longues, alternance de photo, de vidéo et de textes, avec la possibilité de renvoyer vers le site web pour en savoir plus. Particularité : les photos et vidéos sont toutes absolument d’une qualité exceptionnelle.

Financial Times 🇺🇲

Le média économique mise sur l’audience. Pour eux, une stories Instagram génère plus de trafic qu’un post Facebook moyen, et ce malgré l’audience relativement réduite comparé à d’autres médias américains : 600 000 followers sur Instagram, contre 3,7 millions de followers sur Facebook et 6 millions de followers sur son compte Twitter principal.

Leur force : une audience qualifiée et des formats de stories qui répondent aux codes du réseau social.

Bild 🇩🇪

Le média allemand a repris le modèle de The Guardian avec un modèle de stories interactives “Vrai ou Faux” à l’occasion de la journée mondiale du baiser. Un modèle moderne et efficace inspiré d’une infographie

El Pais 🇪🇸

Le média espagnol s’est permis récemment de revenir sur un sujet politique fort en Espagne, une thématique dont on pourrait douter de la pertinence pour l’audience d’Instagram. Ici, El Pais fait un choix fort. La démarche est très pédagogique qui replace le rôle du média sur ces sujets, à savoir expliquer. Une story très incarnée par la journaliste.

L’Equipe

Sur la thématique du sport, le quotidien a une logique d’audience. Fort de son presque million de followers, l’Equipe se permet même de réaliser plus d’audience via Instagram que via Twitter.

Le média propose également des stories type reportage, dont notamment celui retraçant la journée de la finale France-Croatie.

Le Monde

En plus d’être présent sur Snapchat Discover, le média propose sur Instagram des stories longues et très visuelles. Cet été, on a ainsi pu voir ds sujets sur la canicule ou encore le tour de France

Leur story intitulé “Le premier jour” ajoute même de l’interactivité avec des accents conversationnels. Très immersif !

Arte

Assurément l’idée créative depuis 2 été. Arte propose une bande-dessinée à suivre chaque jour autour d’une story rafraîchissante, moderne et engageante.

Le média Franco-allemand initie également des Quiz : un format questions/réponse qui assure une rétention auprès de leur audience. Le format est pédagogique, ludique et apporte de l’information.

France TV Slash

Un inconnu encore en terme d’abonnés mais le compte ne devrait pas tarder à trouver son audience. Les codes d’Instagram sont là : c’est fun, l’information à destination des jeunes est abordée de manière très pédagogique. Il y a du rythme. C’est très efficace. En plus de cela, les sujets décomplexent et sont à destination de la nouvelle génération.

BFM

La chaîne d’info en continue a recruté la bloggueuse vintage Nawal Bonnefoy pour mettre en scène des stories people sur le compte du média. Un format incarné.

Mais au-delà de la story, force est de constater que les médias vont chercher de la visibilité auprès des influents du web (des valeurs sûres qui connaissent déjà les codes des réseaux sociaux) pour créer du contenu à destination unique des réseaux sociaux.

Entre baisse d’engagement sur les plateformes traditionnelles et émergence de nouveau format, le monde des médias sociaux a été bouleversé en très peu de temps. Les stories, plus que jamais, vont faire rentrer les médias dans une nouvelle ère.

Source : INMA